Par Lena Lamadini
Au Figaro, on aime bien Bernard Arnault. Nous aussi, ça tombe bien. Alors quand Bernard Arnault défend la Chine, il faut l’écouter. Quitte à mettre trois photos du bonhomme dans le numéro du jour. Une en couverture, bien en évidence. Une autre en une du cahier économie, moins flatteuse. On y voit néanmoins le PDG de LVMH, le pouce levé, comme pour remercier Dassault de la bonne couverture médiatique qu’il lui offre. Une dernière, enfin, pour l’article, avec une nouvelle photo qui occupe le quart de la page. Au cas où un doute subsisterait, le grand Bernard (il paraît mesurer au moins 1,90 sur la photo) pose devant une oeuvre arborant le logo de Louis Vuitton, la marque phare de son groupe. Une interview essentielle et indispensable. L’idée principale, le boycottage des JO n’est “pas une solution” et la France n’a pas de leçon à donner à la Chine. Bernard Arnault voudrait-il s’éviter des ennuis à l’heure où des menaces de boycottage des produits français se font entendre en Chine? En tous les cas, il nous rassure lorsqu’il répond à la pertinente question du quotidien: “Vous démentez donc subventionner, de manière directe ou indirecte, le dalaï-lama?” Effectivement, c’est une accusation formulée par certains Chinois favorables au boycottage. On a envie de pousser l’investigation un peu plus loin, demander par exemple: “Est-ce vrai que vous mangez des enfants?“
Laissons Bernard Arnault tranquille, et intéressons-nous aux quelques pages dans lesquelles ils ne figurent pas. Aucun lien (?) avec ce qui fait l’ouverture en page 2 du journal: le slip de bain. Il s’agit en réalité d’une page sur la combinaison Speedo. Celle avec laquelle 39 recordsont été battus en natation ces dernières semaines. C’est vrai qu’il n’y a pas de cahier sport, mais de là à mettre l’information en deuxième page… Un choix qui renforce en tous cas le mystère autour de cette rubrique “Recto verso” qui ouvre le journal…
Mais aujourd’hui, l’objectif du Figaro c’est moins de parler de maillot de bain que de glorifier le retour des vraies valeurs: l’ordre et le travail. Si, si, l’ordre est bel et bien de retour, et ce grâce à notre président Nicolas Sarkozy. Il “menace de renvoyer les ministres indisciplinés“, comme le titre le journal. Et pour éviter d’en arriver là, il leur assigne une sorte de nounou pour encadrer la communication, Thierry Saussez. Belle leçon d’éducation et de pédagogie de la part du président. Sarkozy “l’Américain” n’a aucun mérite, il ne fait que copier son homologue George W. Bush. En face de l’article sur la “menace” sarkozyenne à ses ministres, c’est “l’ordre moral américain” qui est à l’honneur. Le Figaro rapporte comment le pape Benoît XVI, en voyage au pays de l’Oncle Sam s’est “livré à un éloge de la démocratie américaine et de sa “société pluraliste” guidée par un “ordre moral”". “We all live in America”, disait le poète…
Le travail est lui aussi au goût du jour. Figurez-vous que les Français sont “champions du monde de vacances” – deuxième titre en Une du journal. Pas de souci, les clichés répondent à l’appel: “sans grande surprise, les pays du Sud semblent eux aussi profiter de longues vacances“. Il est vrai que le Portugais est feignant. Mais moins que le Français. Pour être honnête, l’article en lui-même ne tire pas de conclusion sur la paresse légendaire des Français. C’est sans compter sur les encadrés qui accompagnent les résultats de l’étude. Un “expert” du fameux Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie estime que “80% des Français préféreraient plus d’argent que de temps libre“. Et on les empêche de travailler! Mais les plus malheureux sont les DRH qui “ont dû apprendre à jongler avec les absences et les RTT”. Heureusement que le Figaro leur consacre un article…
Deuxième et dernier bon point. Les pages “Culture” parlent aujourd’hui effectivement de… culture! La Une du Figaro et vous. n’ouvre pas sur Lorie ou Arthur, mais sur James Bond et les expositions qui lui sont consacrées à Londres, à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Ian Fleming, le créateur de 007. On notera que James Bond n’a rien à envier aux feignants Français. La photo d’une demie-page le montre ruisselant sur son bateau, accompagné d’une belle créature. Des vacances qui raviraient 100% des Français…
avril 17, 2008 à 7:41
Moi j’aime James Bond, bande de gauchistes qui me gâche mon Figaro