La couverture est le miroir du journal
Par Rémi Béched
Il y a des jours comme aujourd’hui où aucune info “forte” ne se dégage. Ces jours-là chaque journal fait sa Une selon ses affinités propres et le publique visé. Ces jours-là plus que tout autre, la couverture est le miroir de la ligne éditoriale du journal. Ainsi, Libération, journal bobo de gauche, titre-t-il sur les JO de Pékin avec une photo de méchant officier chinois; le Parisien, journal populaire, réserve quant à lui sa Une à un surdoué du Rubik’s Cube de 5 ans.
Analysons donc la Une de notre cher quotidien et essayons d’en déduire la cible visée…Le titre fait la part belle à …. un sondage! Ce mode journalistique ô combien fouillé et informatif (mais je me suis déjà exprimé à ce sujet) trouve sa place sur la couverture du Figaro! Le sondage remonte donc de la deuxième à la première page par rapport à la semaine dernière. A croire que les journalistes du Figaro ont été remplacés par les statisticiens de l’IFOP.
On se dit que la photo va rattraper le coup: elle met en scène un homme, cheveux blancs, sourire franc dont le visage n’est pas connu du grand publique. Va-t-on découvrir un des ces grands hommes qui échappent trop souvent au coup de projecteur des médias? Le Figaro a-t-il rencontrer un intellectuel de renom? Hélas!! Non. Le Figaro met ainsi en avant Jean-Loup Dabadie, qui vient d’être élu à l’académie française. Nous n’avons rien contre cet homme, mais on peut se demander si l’élection du parolier de Michel Polnareff, Mireille Mathieu et autre Julien Clerc à l’académie française mérite réellement la Une d’un journal dit “sérieux” dans le contexte social et international actuel?
La poursuite de l’étude de cette première page de l’édition du jour du Figaro est encore riche en enseignements. On y note l’omniprésence de la publicité: en haut avec ses affreux post-it aguicheurs, mais aussi en bas. Le quart de page de pub en bas à droite n’est plus réservé aux pages impaires intérieures, non, il est aussi présent sur la Une maintenant: une belle leçon de pragmatisme économique. Il n’y a pas d’info saillante (mais selon quels critères?) à mettre en avant, alors autant en profiter pour se faire quelques sous! La publicité est aussi présente de manière déguisée comme toujours, avec un appel de une dithyrambique, comme toujours, au sujet des “formes audacieuses de la future C4″. Un titre digne de Turbo. On aimerai savoir à quel prix le Figaro vend ses articles dans son cahier “et vous”. En effet celui-ci n’est plus qu’un éloge de produits bien identifiés (nom et photo).
Après cet aperçu de ce que nous réserve la Une du Figaro, il apparaît que ce journal ne s’adresse plus à des lecteurs soucieux de réflexion et d’éclairage sur l’actualité. Loin de là, il s’adresse à des lecteurs intéressés par les peoples, la consommation et les sondages. Est-ce bien ce que nous sommes?