Guerre civile à l’UMP… Et soudain surgit Nicolas Sarkozy

Par Tarquin Verdueuaz

Le Figaro est un journal éreintant. Un cahier principal touffu et des suppléments aux sujets cruciaux mais néanmoins techniques, comme en témoignent les historiques pages saumons.

Cette vérité a bien changé de corps depuis l’arrivée de l’ami Etienne Mougeotte. L’homme qui a fait Jean-Pierre Pernault et Arthur a sérieusement repris en main le canard du camarade Dassault. Résultat, un journal glamour et people, qui ravit les yeux tout autant que les neurones. Après Carla, après Sharon, c’est au tour de Nathalie d’être l’atout charme de la une du Figaro.

Mains dans les cheveux et regard perçant, la sensuelle secrétaire d’Etat à l’environnement permet aux journalistes politiques de mettre en avant la dimension messianique de Nicolas Sarkozy.

En effet, les pages politiques (enfin UMP, puisque le parti majoritaire ou le gouvernement est le sujet de six des 8 articles principaux) mettent en avant deux postures opposées: l’UMP se déchire sur tout, Sarko recolle les morceaux.

La loi sur les OGM de “l’ambitieuse NKM”, les difficultés du “Grenelle”, le “grand Paris”… Les bisbilles sont nombreuses chez les caciques de l’UMP qui ne digèrent pas qu’une gamine à la main verte les emmerde, eux et leurs lobbys semanciers préférés. Fort heureusement, la petite imprudente fait “l’amère découverte” de la langue de bois institutionnalisée par les barons du sarkozysme. Et c’est bien fait pour cette “ambitieuse”, “condescendante”, chiraquienne et petite-fille d’un élu SFIO, qui avait “capitulé face à José Bové” après lui avoir fait la bise en janvier. La redondance agressive n’est pas un principe journalistique, et il est des intervenants que les journaux ne sont pas obligés de relayer.

Mais Dieu merci, la page 3 nous rapporte que Nicolas Sarkozy “remet ses troupes en ordre de bataille”. Ouf, le lecteur pensait déjà à la future reculade des européennes de 2009. Tel le maréchal Foch donc, ou le général Nivelle, le chef de l’Etat, a lancé “en fanfare, la nouvelle direction” de son parti, et charmé les “nouveaux convertis”. Amen. “D’excellente humeur”, il aurait même remercié les participants de leur présence, une “formule exceptionnelle dans sa bouche”, nous rapportent, excités, le journaliste et un participant au lancement du Devedjian 2, les apôtres et leur Eglise.

Rien à voir avec cet insolent de François Bayrou qui, en ventre de cette même page, est mis au fait de la désertion de certains de ses sénateurs: “l’étau se resserre”.

Le PS se contente de deux colonnes rapportant une capitulation à venir sur la réforme des institutions, et sur la possibilité qu’aurait le Président  d’intervenir devant le Parlement. Heureusement que l’ami Mélenchon est là ! Jamais avare de conneries plus grosses que lui, le sénateur de l’Essonne est pointé du doigt, avec photo, pour ses bonnes paroles maoïsantes sur le Tibet… Une bonne promotion pour le PS

Pour le reste, le journal du 10 avril est de bonne tenue, classique: un focus golfe, la bonne parole de MAM sur la sécurité routière, et un article  ( plus l’édito de Nicolas Barré) pour dire à quel point l’hôpital français est en crise et que la mission Larcher devra le libérer de ses archaïsmes, de sa “paupérisation”, de ses “lourdeurs”. Le tout avec “courage” bien sûr, pour le gouvernement.

C’est alors que survient la page Débats. Stéphane Denis, pourfendeur des gâchis, s’attaque violemment au badge des athlètes français: “pour un monde meilleur”. En résumé, il voit cette formule comme communisante, totalitaire, “une plaisanterie”. Pour conclure que les Chinois “comprendront qu’ils n’ont rien à attendre des pays occidentaux où la propagande est la même que dans les dictatures”. Diantre ! L’ami Denis n’a donc pas assez lu Tintin au Tibet. Pour un peu, on le trouverait maoïsant lui aussi. Sauf que dans une analyse flottante, le chroniqueur part dans une diatribe contre le langage policé du gouvernement, des “précautions déconcertantes”, une justification des nominations politiques arbitraires, et une volonté de supprimer le CSA, “avatar d’une série peu glorieuse”  d’organes de régulation.

Et voilà comment le Figaro demeure un journal éreintant, la qualité et l’impartialité en moins.


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