Oublis, raccourcis, un mercredi ordinaire en somme…

Par Ronny Dreome,

Quelle aubaine! Un « plan de départ volontaires pour les fonctionnaires ». L’information fait la une du Figaro. Il faut dire que transformer « le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux » en « plan de départs volontaires », ça aurait de la gueule

En une aussi, on apprend que François Fillon a été «offensif». Première nouvelle. Mais ce qui est plus étonnant, c’est que le Figaro fait mine de s’étonner dans ses pages politique que la motion de censure déposée par la gauche « n’a obtenu que 227 voix ». Nananère! En fait, rien de bien étonnant dans ce résultat. L’UMP dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée et la solidarité au gouvernement est de mise.

Par contre, le Figaro ne fait aucune allusion aux tiraillements bien réels entre députés de la majorité face au revirement atlantiste de Nicolas Sarkozy. Les déclarations de Lionnel Luca, le député UMP des Alpes-Maritimes, qui lâchait par exemple que « si ce n’était pas le PS qui déposait cette motion de censure, je serais tenté de la voter », sont passées sous silence.

Les pages politique du Figaro, on l’a déjà écrit, sont devenues une chambre d’enregistrement de la bonne parole gouvernementale et sarkozienne. Ce mercredi ne déroge pas à la règle. Un article nous explique comment le Président, déjà expert ès « Je vais le pendre à un croc de boucher », veut « empêcher François Bayrou de nuire aux régionales ». Rien que ça. Donner la parole à François Bayrou, ou du moins enquêter réellement sur la situation interne au Modem, le Figaro n’en a pas l’idée.

Il est vrai qu’il a d’autres chats à fouetter. En effet, pendant ce temps, en page 3, « l’UMP exige de la « lisibilité » du gouvernement » sur les OGM. Eric Besson, très zélé, bénéficie même d’un bel espace pour clamer son amour à Nicolas. Dans une interview censée présenter le plan numérique du secrétaire d’état, les quatre premières questions sont consacrées à l’ouverture, ou encore au club progressiste du sieur Besson. L’apogée vient à la quatrième question, quand Besson explique que si Sarkozy se représente en 2012, il votera pour lui. Mieux vaut placer ses pions le plus tôt possible, n’est-ce-pas?

Et on clôturera cette séquence « politique de droite » de haute volée par un dernier papier consacrée aux suppressions de postes dans l’armée. Enfin, non. Pas des suppressions de postes. Là est toute la différence. Dans une novlangue savamment maîtrisée, le journaliste utilise tous les termes, sauf celui-ci. Florilège: « réforme » (trois fois), « modernisation », « arbitrages », « réorganisation », et la désormais fameuse « RGPP » (révision générale des politiques publiques, deux fois).

Dans les pages suivantes, le Figaro se calme un peu. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Rubrique France société, article consacré aux manifestations lycéennes: un modèle de mauvaise foi et de raccourcis faciles! Ainsi donc, « c’est Olivier Ritz, un professeur de lettres militant à la CGT, qui tenait la banderole « officielle » ». On n’aurait pas fait mieux pour suggérer à quel point les crédules étudiants sont instrumentalisés. Et pour finir, rien de tel qu’une autre caricature: cette fois, le Figaro donne la parole au ministre de l’éducation, Xavier Darcos: « Que des élèves cassent tout dans des établissements, qu’ils molestent des professeurs ou qu’ils volent les portables de leurs camarades, parce qu’une classe de 32 élèves passera à 33 à la rentrée prochaine, n’est-ce pas démesuré ?».

Dans son édito, Paul-Henri du Limbert, cède aux mêmes facilités: « certains syndicats d’enseignants, comme toujours dans ces cas-là, ont tendance à jeter les lycéens dans les rues ». Un peu méprisant aussi PHDL, à l’encontre des syndicats: ceux-ci se mobiliseraient au nom « d’une vision du monde dépassée, ressortent de vieilles ritournelles ». Et comme la finesse n’est pas son fort, il estime aussi qu’ils « attisent les passions et prennent le risque de débordements ».

Et notre bon PHDL n’oublie pas notre bonne « RGPP », qu’il qualifie lui aussi de « fameuse ». Paul-Henri, si tu nous écoutes, là dessus au moins, on est d’accord!

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