Tout va bien à l’UMP, merci…

Par Pépin Hipulsige

Ils ont été sonnés par la défaite aux élections municipales, mais ils ont de la ressource, les responsables de l’UMP. A Paris, Lyon ou Lille, trois villes remportées facilement par le PS, le parti présidentiel se reconstruit lentement mais sûrement. Ce beau message, proche de la méthode Coué, n’est pas le fait de Nicolas Sarkozy, de François Fillon, de Patrick Devedjian ou de Jean-Pierre Raffarin, les leaders de la droite. Non, c’est le Figaro qui le dit. Et quand le Figaro dit quelque chose… il faut se méfier.

Ouvrons la page 2 de l’édition du jour. Dans cet espace intitulé “France Politique”, l’UMP est chaque matin à l’honneur. En ce lundi 7 avril, l’organe de presse ne déroge pas à la règle. “L’UMP veut faire émerger les candidats de demain”, c’est le titre général, décliné en trois articles consacrés chacun à une des trois villes citées ci-dessus. D’abord Paris et la mise en valeur du jeune premier Pierre-Yves Bournazel : pas de quoi s’offusquer. Puis Lyon, où le nouveau prétendant, Michel Havard, est l’objet de toutes les attentions : là encore, ça passe.

La situation se gâte quand on passe à Lille. Le journaliste n’est visiblement pas de gauche. Pas de problème, il a le droit. Le souci, c’est que ça se voit un peu, nuisant à l’objectivité du papier. Se livrant à un bref historique des luttes droite-gauche dans la capitale du Nord-Pas-de-Calais, Jean Valbay écrit : “Le seul homme capable de battre [Pierre Mauroy, ancien maire socialiste] fut Norbert Ségard, le ministre de Giscard d’Estaing qui modernisa le réseau téléphonique français. Mais un cancer l’emporta trop tôt.” Dommage, il aurait pu bouter la gauche hors de la ville. Foutu cancer !

Un peu plus loin, un curieux intertitre laisse transparaître les convictions politiques du journaliste : “l’ère du consensus révolue”. La faute à qui ? A Martine Aubry, bien sûr, maire de Lille depuis 2001 : “Aujourd’hui, Aubry est devenue incontournable. Dans quelques jours, elle s’emparera selon toute vraisemblance de la présidence de la communauté urbaine. Avec un changement essentiel : l’ère du consensus instauré par Pierre Mauroy est révolue.” Martine Aubry est près de mettre la ville à feu et à sang, et personne ne s’en inquiète. Personne ? Non, le Figaro est là…

Assez de province, passons au glamour. Comment va Carla Bruni-Sarkozy ? La gazette people qu’est devenu le Figaro nous apprend qu’elle a rejoint dimanche la “marche blanche” organisée à Paris pour soutenir Ingrid Betancourt. Venant de la première dame de France, la démarche est importante. Tellement importante que le journal d’Etienne Mougeotte place l’information en tête des pages internationales (devant le sommet entre Bush et Poutine, devant l’attentat suicide qui a frappé le Sri Lanka, etc.), sous le titre suivant : “Carla Bruni-Sarkozy : ‘Il faut qu’Ingrid sorte’ “. Merci Carla. Qu’est-ce qu’on ferait sans toi. La famille Betancourt doit être soulagée. Et merci le Figaro pour ce compte-rendu à peine biaisé de la manifestation.

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