“Marie n’est pas un grain de sable : c’est un diamant. »

Par Ambra Dyorne

Rendez-vous compte ?

Dans mon café habituel, il n’y a plus Le Figaro.

Toujours le Parisien, toujours l’Equipe et parfois Libération.

A mon inquiétude face à l’absence de mon quotidien préféré, pas de réponse vraiment, à peine un haussement d’épaule et une phrase lapidaire :

« Il faut changer monsieur. »

Me voilà donc obligé chaque jour de penser à acheter mon journal avant d’aller prendre mon café noir et ma tartine beurrée.

Le mardi, je souffre. C’est mon jour. Le jour où je dois écrire pour critiquer Le Figaro. Avant ce projet me paraissait une excellent idée, un coup de révolte nécessaire face à la dictature de l’ami Mougeotte. Une fois devant le mur, j’hésite. Je détourne mon regard, j’ai un peu peur.

Figaro, Figaro, je t’aime. C’est pour ton bien.

Et puis, allez, le mardi est un bon jour, le journal sera irréprochable. Je décide de commencer par l’article le plus dangereux : l’éditorial.

A la fin de la lecture, le soulagement : Yves Thréard nous parle calmement, explique, défend son point de vue. Certes il instaure l’idée que si vous êtes contre l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, c’est que vous êtes anti-américains, « notamment sur les rives de la Seine. » Un raccourci facile.

Mon café se trouve rive gauche, je me demande si le serveur est anti-américain…

En bas de la page, je remarque la petite publicité déguisée pour Nescafé dans la rubrique « Ce jour là. »

« Le 1ier avril 1938, c’est la mise sur le marché du Nescafé, le premier café soluble. »

What else ?

Pas grand chose en page politique. Je respire et commande une deuxième tartine beurrée.

Soudain, je tombe sur l’article sur le procès de Fourniret.

La manière de décrire Marie m’interpelle.

« Marie est un grain de sable lumineux, irradiant de sagesse et de sérénité. (…) Elle pose sur l’homme qui l’a terrorisée jadis un regard doux, dépourvu de haine. Elle a le ciel étoilé au-dessus de la tête et la loi morale au fond du cœur, illustration idéale de la formule de Kant. (…) Marie n’est pas un grain de sable : c’est un diamant. »

Je demande au serveur d’où vient cette formule de Kant. Il m’explique que c’est l’épitaphe marquée sur sa tombe.

J’en tremble un peu pour Marie. Je sais bien que pour l’auteur elle semble être la réincarnation de la vierge mais, s’il vous plaît, laissons la vivre en paix sans lui coller des épitaphes sur le front.

Laisser un commentaire