Le Figaro se meurt, l’Observatoire naît

Par Pépin Hipulsige

Jour J pour l’Observatoire du Figaro. L’idée de ce blog a jailli du virage éditorial du quotidien depuis que l’impayable Etienne Mougeotte en est devenu le directeur des rédactions. Trop de choses nous ont énervés pour que nous restions sans réaction.

Tout a commencé le jour où les pages internationales (peut-être les meilleures en France) ont été reléguées après la politique, ce qui n’est pas forcément un mal, mais qui est tout de même révélateur d’une hiérarchie renversée.

Les pages de publicité se sont multipliées, réduisant le cahier culture (“et vous”) à peau de chagrin. Parfois, l’appétit mercantile a été plus fort que la déontologie la plus élémentaire : rappelez-vous ces réclames innocentes invitant les lecteurs à visiter le site internet de Mouammar Kadhafi, en pleine visite du Guide lybien à Paris…

Autre facteur d’hallucinations : les papiers décomplexés des éditorialistes, au premier rang desquels Etienne Mougeotte, comparant Sarkozy à Kennedy et la “politique de civilisation” à la “nouvelle frontière” de la France, et Yves Thréard, s’enthousiasmant pour la “vigilance républicaine” dont faisait preuve le gouvernement en envoyant à 6h du matin 1000 policiers à Villiers-le-Bel…

Mais c’est la semaine dernière que des sommets ont été atteints. Pour nous, ce fut la goutte d’eau nous décidant à surveiller de près la manière de moins en moins professionnelle dont le journal d’Étienne Mougeotte traite l’actualité. Mardi, le Figaro consacrait trois pages à énumérer sans la moindre distance critique les heureux élus de la promotion de Pâques de la Légion d’honneur, se transformant ainsi en journal officiel. Jeudi, la une du cahier culture célébrait “la fièvre du disco”, à l’occasion de la sortie mercredi prochain du film Disco. Ne reculant devant rien, le quotidien se parait d’un rose affreux à l’intérieur de ses pages, modifiant sa maquette comme s’il s’agissait d’un événement de la plus haute importance. Enfin, vendredi, pour finir la semaine en beauté, le service politique interprétait (bidouillait) un sondage Opinionway de façon à le rendre plus favorable à Nicolas Sarkozy.

Face à ce déferlement scandaleux, nous avons décidé d’ausculter chaque jour le Figaro, à la recherche de ses écarts journalistiques, qui sont malheureusement devenus son quotidien.

Aujourd’hui, lundi 31 mars 2008, le journal se distingue par sa page politique, qu’Etienne Mougeotte pourrait baptiser “Actualité de l’UMP” sans la dénaturer. Pas moins de 5 articles sur 6 sont consacrés au parti présidentiel. François Fillon, Xavier Bertrand, Jean-François Lamour et Yves Jégo se disputent les deux pages du jour. Au milieu, le Parti Communiste a le droit à quelques lignes, comme une caution rassurante. Le Figaro rend compte des propos tenus par le Premier Ministre et le Ministre du Travail la veille au soir sur TF1 et RTL, sans chercher outre mesure à les interroger. Tribune libre pour les deux principaux artistes d’une politique pourtant sanctionnée il y a peu par les électeurs…

Autre détail troublant : le peu d’espace accordé à l’affaire de la banderole déployée le samedi soir au Stade de France par des supporters parisiens à l’endroit des habitants du Nord, “PEDOPHILES, CHOMEURS, CONSANGUINS : BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS”. Un petit encadré seulement, en agrément d’un article vantant la victoire du club de la capitale, intitulé “PSG : le spécialiste des Coupes a encore frappé”. Sans doute les journalistes du service sport n’ont-ils pas mesuré la gravité de l’acte, quand le même jour Libération titrait “Bienvenue chez les cons”… Sous l’encadré rapportant les différentes réactions à l’affreuse banderole, apparaît un autre papier, à l’intitulé maladroit : “Lille et Valenciennes battus aussi, les Ch’tis font la grimace”. Eh oui, pour Le Figaro, en ce lundi 31 mars, si les Ch’tis font la grimace, c’est parce que Lille et Valenciennes ont été battus lors de la 31ème journée de championnat. Mais sûrement pas parce qu’on a les insultés.

2 réponses vers «Le Figaro se meurt, l’Observatoire naît»

  1. Oublis, raccourcis, un mercredi ordinaire en somme… « Observatoire du Figaro dit :

    [...] pages politique du Figaro, on l’a déjà écrit, sont devenues une chambre d’enregistrement de la bonne parole gouvernementale et [...]

  2. Revue de blogs #2 « Le big bazar dit :

    [...] Le Figaro se meurt, l’Observatoire naît : l’Observatoire du Figaro [...]

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